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« Egypte : Khaled Saïd, martyr et symbole de l’état d’urgence
Et si on s’intéressait aux Bleues, celles de 2011 ? »

Les rumeurs d’une reprise des violences contre les immigrants africains après le Mondial fragilisent le sentiment d’unité du continent autour de l’événement.

25/06/2010 par malkam

Magali Reinert, Info Sud

Devant les façades défraîchies des maisons victoriennes de Yeoville, les drapeaux des six équipes africaines en compétition virevoltent dans l’air frais. Dans le quartier de la diaspora africaine de Johannesburg, la Coupe du monde se vit dans l’euphorie. L’effervescence qui anime les nombreux cybercafés jusque tard dans la nuit, témoigne du plaisir de partager l’événement avec familles et amis restés au pays.

Plus des deux tiers des habitants de Yeoville sont d’origine étrangère. L’importance de la communauté congolaise a valu au quartier le surnom de Kinshasa. Mais c’est aussi le lieu d’adoption de nombreux Nigérians, Zimbabwéens, Camerounais, Mozambicains, Somaliens, etc. « No go zone » (zone dangereuse, en anglais) dans les guides destinés aux habitants de Johannesburg, Yeoville accueille depuis une dizaine d’années les immigrés africains qui débarquent dans la cité de l’or.

Ici, pas de panneaux « interdit aux vendeurs ambulants » comme dans le reste du centreville. Les trottoirs sont couverts d’étals où s’entassent bananes plantains, cigarettes à l’unité et DVD de Nollywood, les séries produites en masse au Nigeria. Des coiffeuses nattent les cheveux de leurs clientes d’Afrique centrale et le marché propose du manioc et des gombos, légumes peu communs sous ces latitudes.

Xénophobie ambiante

L’Afrique du Sud est une destination privilégiée de l’immigration intra-africaine. Cette riche démocratie est pleine de promesses pour les réfugiés politiques et les émigrés économiques du continent. Et même si la politique migratoire du pays est loin d’être accueillante, il reste bien plus facile de rejoindre la pointe de l’Afrique que l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Si le jaune et le vert des Bafana Bafana domine sur les teeshirts des habitants de Yeoville, le support affiché à l’équipe du pays d’accueil masque difficilement la tension entre les étrangers et les Sud-Africains. Comme ailleurs, le sort des immigrés africains est réglé par la quête d’un permis de séjour, la difficulté à faire reconnaître ses diplômes et la xénophobie ambiante. Les gardiens de parking évoquent leurs passés d’instituteurs ou de docteurs et les sans-papiers se plaignent du harcèlement des forces de l’ordre.

Depuis quelques mois, les rumeurs d’une flambée de violence contre les étrangers après la Coupe du monde inquiètent les communautés immigrées, à Yeoville comme dans le reste du pays.

Wonder, un Zimbabwéen qui vit dans une résidence ouvrière, subit les menaces de ses voisins sud-africains : « Après la Coupe du monde, ils veulent nous renvoyer chez nous. Si on ne part pas, ils sont capables de nous tuer. » Sa femme et son fils sont déjà repartis au Zimbabwe et vivent de l’argent qu’il gagne comme jardinier. Des intimidations similaires et répétées ont été rapportées d’un peu partout, selon Ducan Breen, représentant du Consortium pour les réfugiés et les migrants en Afrique du Sud (Cormsa). Pour cette fédération, qui regroupe les principales associations sud-africaines de défense des droits humains, l’absence d’actions concrètes des pouvoirs publics depuis la vague de violences xénophobes de mai 2008 est en cause. Car ces nouvelles menaces et peurs font écho aux pogroms bien réels qui avaient conduit à la mort d’une soixantaine d’étrangers africains et à la fuite de dizaine de milliers d’autres il y a deux ans.

Démission des autorités

Pourtant, il n’y a pas d’évidence d’une organisation centralisée des violences après la Coupe du monde. Ce qui ne signifie pas que ces craintes ne soient pas justifiées. En 2008, il n’y avait apparemment pas non plus de projet meurtrier préétabli ; mais l’étincelle est partie d’un township et s’est répandue comme une traînée de poudre dans tout le pays. Pour Tara Polzer, chercheur au Département des études migratoires de l’université du Witwatersrand, ces rumeurs doivent être prises au sérieux : « L’idée se répand au niveau local ; en étant largement répétée, elle est progressivement légitimée. »

Une étude conduite sur les violences de 2008 par cette université montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans l’instrumentalisation de la haine contre les étrangers. Dans les townships pauvres où les autorités ont souvent démissionné, certains élus ou des leaders autoproclamés ont attisé les violences pour asseoir leur autorité. « Avec l’arrivée des élections locales en 2011, ces formes de mobilisation pourraient augmenter », estime Polzer. Les habitants de Yeoville seront cependant plus à l’abri que d’autres étrangers si de telles violences devaient reprendre. En 2008, le quartier panafricain avait été épargné. Les étrangers avaient même largement quitté les townships pour venir se réfugier dans l’anonymat des quartiers plus cosmopolites du centre-ville de Johannesburg.

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