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Par Bernard SCHALSCHA Collectif Urgence Darfour

En une spectaculaire volte-face, l’Ouganda, qui venait de faire savoir qu’El-Béchir ne serait pas accepté sur son territoire lors du prochain sommet de l’Union africaine à Kampala, a finalement déclaré que le chef de l’Etat soudanais serait bien son invité lors de cette rencontre. Une fois de plus l’organisation panafricaine,  que certains observateurs considèrent surtout comme un « syndicat d’intimidateurs », a obtenu d’un ses membres qu’il renonce à faire appliquer les décisions de la Cour pénale internationale. Elle préfère jouer la carte de l’impunité au détriment de la justice, prenant partie pour le bourreau et piétinant ainsi les victimes… africaines.

C’était trop beau. Le 4 juin le président ougandais Museveni annonçait qu’El-Béchir ne serait pas invité au XV° sommet de l’Union africaine (UA) qui doit se tenir en juillet à Kampala (Ouganda). Nous nous sommes dit, tout comme la plupart des organisations de défense des droits de l’homme, que c’était là un pas décisif vers la fin de l’impunité en Afrique. Il fallait voir dans cette décision, pensions-nous, une conséquence immédiate du fait que la première conférence de révision de la Cour pénale internationale (CPI), destinée à renforcer et élargir l’action de la justice internationale, se tenait depuis le 31 mai à Kampala justement, et que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo s’était entretenu avec le président Museveni. En outre, l’Ouganda, en tant que signataire du Statut de Rome qui a fondé la CPI, avait déjà fait savoir par le passé qu’El-Béchir, inculpé par la CPI de crimes de guerre et contre l’humanité commis au Darfour, ne pouvait mettre les pieds sur son territoire sauf pour y être arrêté. Interviewé mardi 8 juin sur France Info, Jacky Mamou, président du Collectif Urgence Darfour, se félicitait donc du choix politique exprimé par le chef de l’Etat ougandais de privilégier la justice incarnée par la CPI plutôt que de céder à l’UA qui se retranche derrière une demande de moratoire afin de ne pas appliquer le mandat d’arrêt international contre le chef des massacreurs au Darfour.

A l’annonce de la déclaration de Museveni, le Soudan avait aussitôt tempêté, exigeant de l’Ouganda qu’il revienne sur sa position et lui présente des excuses publiques. Sans quoi Khartoum exigerait auprès de l’UA que le sommet n’ait pas lieu à Kampala mais dans un autre pays africain, c’est-à-dire dans un pays où El-Béchir serait accueilli sans risque. A peine avions-nous commencé à écrire pour exhorter Kampala à ne pas céder au chantage soudanais qu’un communiqué émanant du ministère des Affaires étrangères ougandais faisait savoir qu’Omar El-Béchir avait très normalement été invité à ce sommet depuis le mois de mars puisque, n’est-ce pas, il y a toute sa place puisque le Soudan fait partie de l’UA. A la trappe la prise de position du président ougandais !

Quelques optimistes invétérés penseront peut-être qu’il s’agit d’une ruse pour faire venir El-Béchir à Kampala et, hop !, l’arrêter dès qu’il sera en territoire ougandais. Détrompons-les : l’homme fort de Khartoum n’est pas du genre à se laisser piéger. Il dispose surtout de puissants moyens de pression et de nombreux alliés, notamment au sein de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique, l’Ouganda étant membre de cette dernière. Il est peu probable qu’on apprenne précisément comment le régime soudanais a réussi à obtenir le retournement stratégique de son voisin ougandais. Mais, par exemple, il ne faut pas oublier que l’Ouganda est aux prises depuis de longues années avec l’Armée révolutionnaire du seigneur (Lord Revolutionnary Army, LRA). Ce mouvement à l’idéologie délirante et qui a assassiné des dizaines de milliers de civils dans des conditions atroces, possède des bases importantes au nord de la République démocratique du Congo et en République centrafricaine, d’où elle ne se prive pas d’attaquer respectivement le Sud-Soudan et le Darfour. Les bons connaisseurs de la région sont convaincus que le régime soudanais fournit de l’armement aux fous furieux sanguinaires de la LRA et les emploie quand ils peuvent lui être utiles. Il semble même que la LRA concentre désormais une partie de ses troupes au Soudan même, d’où elle lance à l’occasion des offensives en Ouganda. Officiellement, bien sûr, Khartoum combat la LRA… Mais aucun chef d’Etat de la région n’est dupe. Et le président Museveni l’est certainement encore moins.

Reste qu’il n’est pas certain qu’El-Béchir en personne aille représenter le Soudan au prochain sommet de l’UA. Le mandat d’arrêt international contre sa personne l’a rendu extrêmement prudent. Peut-être, à la dernière minute, préférera-t-il se faire représenter en juillet à Kampala par un de ses sbires. Quand bien même l’Ouganda a finalement capitulé, le président soudanais n’ignore pas que son isolement diplomatique va croissant. En témoignent, ces derniers temps, la maigre représentation diplomatique internationale à sa cérémonie d’investiture, ainsi que le refus par la France de sa participation au dernier sommet France-Afrique, laquelle interdiction n’a pas provoqué le moindre désistement par solidarité de la part de ses collègues africains. En dépit du couteau que l’Ouganda a planté dans le dos du procureur de la CPI, le mandat d’arrêt émis par la CPI fait lentement son effet. Bien trop lentement, certes, et c’est pourquoi nous nous devons d’agir pour faire accélérer son application.

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