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Par Jean-Claude Buhrer

En désignant à la vindicte publique ces musulmans pacifiques et modernistes, Islamabad porte sa part de responsabilité dans les récentes attaques sanglantes de deux mosquées à Lahore (100 morts). Le Conseil des droits de l’homme va-t-il enfin se pencher sur les minorités religieuses au Pakistan, cibles principales des violences meurtrières qui ravagent le pays ?

Vendredi 28 mai, une centaine de fidèles étaient tués et plusieurs dizaines d’autres blessés dans l’attaque simultanée par des kamikazes à Lahore de deux mosquées de la communauté ahmadite, une branche pacifique et réformiste de l’islam. Juste après ce massacre s’est ouverte à Genève la session du Conseil des droits de l’homme, le jour même où l’on dénombrait 9 morts lors de l’opération militaire israélienne contre des bateaux d’activistes pro-palestiniens en route vers Gaza.

Alors que le Conseil a pour mission de défendre l’universalité des droits de l’homme, les considérations politiques et d’intérêts ont vite pris le dessus dès lors qu’il s’agit du Proche-Orient. Selon le bon vieux principe « deux poids deux mesures », d’emblée la plupart des intervenants sont montés au créneau pour se focaliser sur l’attaque israélienne, sans le moindre mot pour les victimes ahmadites beaucoup plus nombreuses des attentats de Lahore. A commencer par le représentant du Pakistan, porte-parole attitré de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), trop content de l’aubaine pour ne pas avoir à rendre de comptes sur les responsabilités de son gouvernement dans les tueries de Lahore. C’est encore Islamabad qui a réclamé au nom de l’OCI, avec le Soudan pour la Ligue arabe, la convocation d’une réunion d’urgence et présenté une résolution stigmatisant Israël.

Pendant qu’à Genève le Conseil délibère, au Pakistan les ahmadite pansent leurs plaies. Comme si le dernier carnage ne suffisait pas, des assaillants sont revenus à la charge le 1er juin en attaquant un hôpital où étaient soignés des rescapés des précédents attentats contre les mosquées, tuant douze personnes. Profitant de l’incurie des autorités, des hommes lourdement armés avaient déjà pu pénétrer sans difficulté dans les deux lieux de culte ciblés en pleine prière du vendredi. Equipés de vestes bourrées d’explosifs, les kamikazes ont lancé des grenades et tiré sur la foule à l’arme automatique avant de prendre des centaines de fidèles en otage jusqu’à l’intervention tardive de la police quand certains se sont fait sauter et d’autres se sont enfuis. Adoptant un profil bas, les officiels et même les médias ont choisi de se tenir à l’écart des funérailles des victimes à Rabwa, centre de cette communauté d’une trentaine de millions million d’adeptes dans le monde et de quelques millions au Pakistan où ils étaient nombreux dans l’élite intellectuelle jusqu’à leur diabolisation depuis une quarantaine d’années.

Aujourd’hui, une personnalité ahmadite éminente comme Zafrulla Khan n’aurait aucune chance d’accéder aux plus hautes fonctions. Pourtant, ce musulman fervent, qui ne pourrait plus s’affirmer comme tel, a fait honneur à son pays : premier ministre des affaires étrangères du Pakistan en 1947, puis juge à la Cour internationale de justice de La Haye, il fut appelé en 1962 à présider l’Assemblée générale de l’ONU. Lors de ses obsèques en 1983 à Rabwa, les islamistes provoquèrent de sanglantes émeutes. C’est également à Rabwa que repose le Dr Abdus Sallam, premier musulman honoré en 1979 du Prix Nobel de physique et qui avait dû s’expatrier pour fuir la persécution religieuse. A sa mort en 1996, les oulémas sunnites décrétèrent que personne ne pouvait prier Allah pour ce « mécréant » ni inscrire un verset du Coran sur son tombeau.

Au déferlement de haine entretenu par les fondamentalistes et qui vient d’atteindre son paroxysme contre leur communauté avec la complaisance du gouvernement, les ahmadites répondent : « la haine de nos meurtriers ne l’emportera pas sur notre amour de l’humanité ». En cela le mouvement ahmadite (Ahmadiyya Muslim Jamaat), du nom de son fondateur Mirza Ghulam Ahmad, se veut fidèle à l’enseigement de ce prédicateur musulman, né en 1889 au Punjab, et qui prêcha pour un renouveau de l’islam. Conformément à leur credo, les ahmadites prônent l’ouverture et la bonne entente dans la société, rejetant l’interprétation agressive du djihad et toute forme de terrorisme. Alors qu’ils cohabitaient jusque là avec leurs coreligionnaires, ils ont été mis au ban de la société depuis qu’en 1973 l’OCI les a déclarés « non-musulmans », leur interdisant même de faire le pèlerinage de La Mecque.

Au Pakistan, berceau de leur foi, ils sont qualifiés d’hérétiques et de « minorité non-musulmane » en vertu d’un amendement constitutionnel de 1974. Depuis, leurs lieux de culte sont étroitement surveillés, ils n’ont pas le droit de les appeler mosquée, ni même d’inscrire sur les murs des versets du Coran et encore moins de se déclarer musulman ou d’entrer dans une mosquée reconnue. Avec la prohibition en 1984 des « activités anti-islamiques » et une loi prévoyant la peine de mort pour blasphème, leur situation a encore empiré, sans parler de celle des minorités chrétienne et hindouiste, voire chiite.

Avant l’adoption le 2 juin par le Conseil de la résolution préparée par le Pakistan précisément demandant une mission d’enquête internationale, la Haut-Commissaire Navi Pillay avait déclaré : « Quand il y a des morts, il doit y avoir une enquête sérieuse et il faut établir les responsabilités. » Ce qui est vrai pour le Proche-Orient doit l’être aussi pour les victimes de Lahore.

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Par Jean-Claude Buhrer

Sous l’effet d’une islamisation croissante, le port du voile et la polygamie, naguère exceptionnels, se répandent en Malaisie, pays multiethnique où les Malais de « race » (60% de la population) sont obligatoirement musulmans alors qu’une discrimination institutionnalisée s’applique aux minorités bouddhiste, hindouiste, chrétienne et même chiite. La presse malaisienne, qui rapporte que plus de 5% des mariages relèvent désormais de la polygamie, aborde ouvertement ce phénomène en expansion parmi les musulmans du pays. A titre d’exemple, des journaux ont publié des reportages illustrés montrant un « chef de famille » musulman de 43 ans, Mohamad Ikram, attablé en compagnie de ses quatre épouses dans sa demeure de Putrajaya près de Kuala Lumpur. Depuis son premier mariage, il a pris une nouvelle femme tous les cinq ans et dirige une famille de 17 enfants âgés entre 7 et 21 ans. Les quatre premiers jours de la semaine il passe la nuit à tour de rôle chez chacune de ses quatre femmes qui disposent chacune d’un domicile séparé et les réunit le vendredi pour la prière et en famille en fin de semaine. L’une d’elle raconte que des frictions sont inévitables mais que la polygamie fonctionne en suivant « les lois d’Allah ». Mohamad Ikram dirige l’Ikhwan Polygamy Club qui s’est assigné pour mission de défendre la réputation du  » mariage multiple ». « Par nature les hommes sont polygames, ils ont des petites amies et des maîtresses, ils fréquentent les prostituées, ce qui est normal, » déclare Rohaya, l’épouse aînée de 44 ans. Et de constater résignée : « Allah a fait les hommes comme ça. » Mohamad Ikram, lui, se dit heureux avec quatre femmes, car « cela réduit la tentation de commettre un péché ». Mais, concède-t-il,  » même si je pense que c’est suffisant, il y a toujours le désir de vouloir plus, on n’est pas satisfait avec seulement quatre ».

De tels propos ne font pas rire tout le monde, en particulier les femmes qui en sont les premières victimes comme s’en inquiètent les « Soeurs en islam », un groupe qui dénonce ouvertement l’obscurantisme entretenu par les islamistes. Après les bombes incendiaires lancées au début de l’année contre une douzaine d’églises, le gouvernement a suspendu une décision de la Haute Cour d’autoriser les chrétiens à utiliser le nom d’Allah pour Dieu comme ils l’ont toujours fait en malais, alors que les intégristes prétendent que ce terme doit être réservé exclusivement aux mahométans. Ensuite, en février, pour la première fois trois femmes musulmanes ont été suppliciées à coups de bâtons en application d’une sentence d’un tribunal islamique qui les a reconnues coupables de relations extra-conjugales alors que leurs compagnons n’ont pas été inquiétés. Chaque jour de nouveaux exemples viennent s’ajouter à l’atmosphère délétère et d’intimidation que font régner les islamistes. Ces atteintes flagrantes aux droits élémentaires n’empêchent pas le gouvernement de briguer pour la Malaisie un nouveau poste de membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
Les « Soeurs en islam » ont mis en garde contre le danger que la polygamie représente en particulier dans les zones urbaines où cette pratique est en passe de devenir « extrêmement populaire » alors qu’un homme peut rarement subvenir convenablement aux besoins de plusieurs femmes et d’une « ribambelle d’enfants ». Leurs recherches ont établi que les premières épouses, qui souvent refusent de sanctionner un nouveau mariage, se voient couper les vivres et se retrouvent plongées dans la pauvreté et la dépression. La Malaisie n’est pas un cas isolé. Les mêmes forces rétrogrades s’activent à travers tout le monde musulman et aujourd’hui jusqu’en France, comme ailleurs dans les communautés islamiques.

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